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    La drosophile à ailes tachetées (Drosophila suzukii) : existe-t-il des agents de lutte biologique?

    Publié le : | Par : Roxanne S. Bernard

    Tags: drosophile, petits fruits

    Framboisier avec une framboise
    Portrait de Roxanne S. Bernard
    Roxanne S. Bernard

    Au cours des dernières années, la drosophile à ailes tachetées (Drosophila suzuki) a beaucoup fait parler d'elle. Cette petite mouche à fruit, originaire de l’Asie, a été rapportée pour la première fois au Canada en 2009 et au Québec en 2010. Cette drosophile s’attaque aux petits fuits tels les framboises, fraises, mûres, bleuets, canneberges ainsi que la vigne.

    Pour contrôler ce ravageur, la lutte chimique est encore la méthode la plus utilisée. Par contre, plusieurs acteurs dans le domaine agricole travaillent à trouver des solutions alternatives. L'équipe de Annabelle Firlej de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) a publié une excellente revue de la littérature sur la drosophile à ailes tachetées et y présente les différents agents de lutte biologique qui ont été testés en laboratoire ou en champ.

    Drosophile à ailes tachetées

    Drosophile à ailes tachetées | Source : Wikipédia

    Drosophile à ailes tachetées : lutte biologique


    1. Contrôle par des guêpes parasitoïdes

    La drosophile à ailes tachetées est sensible à la prédation et au parasitisme au stade œuf, larve et pupe. Dans la littérature, on retrouve plusieurs mentions de parasitisme par de petites guêpes parasitoïdes exotiques du genre Asobara, Ganaspis, Letoppilina et Pachycrepoideus. Leur potentiel est encore à être évalué ainsi que leur impact sur l’environnement et les populations d’espèces indigènes du Canada. Pour l’instant, ces agents ne sont pas disponibles pour les producteurs.

    2. Contrôle par les nématodes enthomopathogènes

    En laboratoire, les nématodes enthomopathogènes du genre Steinernema et Heterorhabditis ont démontré une grande efficacité pour tuer les larves et les pupes de drosophile à ailes tachetées. Par contre, en champ, les nématodes sont rarement aussi efficaces car ils demandent des conditions très spécifiques.

    Nématodes

    Dans les dernières années, les nématodes indigènes produits au Canada semblent démontrés une plus grande efficacité dans les régions comme le Saguenay-Lac-St-Jean et la Gaspésie. Le moment d’application, le type de sol, la température ambiante, l’humidité du sol et les précipitations avant et après traitement aident grandement à la viabilité et à l’efficacité des nématodes enthomopathogènes.

    3. Contrôle par les prédateurs

    Plusieurs insectes et acariens prédateurs ont été testés pour évaluer leur potentiel de prédation sur la drosophile au cours des dernières années. Dans différentes études, les punaises anthocorides du genre Orius, le staphylin Dalotia (Atheta) coriaria et le perce-oreille Labidura riparia ont démontré des potentiels intéressants.

    Orius
    Orius

    Orius insidiosus est une petite punaise généraliste très grande vorace et s’attaque à plusieurs types de ravageurs comme les thrips, acariens, pucerons et larves diverses. Des recherches provenant de l’Institute of Agrifood Research and Technology (IRTA) en Espagne et du département de l’Horiculture de l’Université de l’Orégon aux États-Unis ont révélé une réduction des larves de la drosophile à ailes tachetées de 12 à 50%.

    Dalotia atheta coriaria
    Dalotia coriaria

    Dalotia coriaria est un insecte prédateur généraliste qui s’attaque à de multiples ravageurs de sol comme les mouches de rivage, les sciarides (mouche de terreau), collemboles, cochenilles des racines, etc. Deux études récentes, l’une réalisée par l’Université de Guelph en Ontario et par le centre de recherche Vineland Research and Innovation Centre de l’Ontario et une autre par le FERA Science au Royaume-Uni, ont démontré une réduction des larves de drosophiles de 9 à 50%.

    Perce-oreille
    Perce-oreille

    Labidura riparia est une espèce de perce-oreille qui s’attaque aux larves et aux pupes de la drosophile à ailes tachetées présentes au sol. Des tests menés par l’équipe de IRTA ont révélé une diminution des larves de 91-96% et des pupes de 61 à 77%. Cette espèce n’est pas indigène de l’Amérique du Nord et a été introduit dans le sud des États-Unis. Pour l’instant, cet insecte n’est pas présent au Canada.

    Drosophile à ailes tachetées, la solution c’est quoi?

    Olivier Noël, représentant spécialisé chez Anatis Bioprotection et partenaire en phytoprotection chez Rubis Fruit explique « Récolter fréquemment, nettoyer les fruits tombés au sol et rincer les plastiques à grande eau lorsqu’il y a des dépôts trop importants. Les variétés hâtives, comme la framboise d’été, sont également à favoriser. Ces méthodes de lutte préventive permettront de prévenir ou de diminuer les populations de drosophile à ailes tachetées.»

    Comme mentionné dans la revue de littérature, « Chaque prédateur actuellement pris individuellement n’est pas capable de diminuer de façon significative les populations de D. suzukii ». Les études visant l’utilisation d’agents de lutte biologique étant majoritaire en laboratoire, on connaît très peu leur réel potentiel terrain et l’efficacité de ceux-ci jumeler à d’autres moyens de lutte.

    L’introduction de prédateurs est compatible avec plusieurs méthodes de lutte préventive comme les variétés hâtives, les attractifs, la fréquence des cueillettes, les filets, etc. La combinaison de plusieurs moyens de lutte pourrait permettre de diminuer davantage les populations de ce ravageur très indésirable.

    Informations supplémentaires



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    2.   - Maladies, ravageurs et organismes bénéfiques du fraisier, du framboisier et du bleuetier
    3.   - La drosophile à ailes tachetées
    4.   - La drosophile à aile tachetée en Ontario
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